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jeudi 4 avril 2013

Miss Charity

 
Dernier gros coup de cœur en littérature jeunesse pour ce roman de Marie Aude Murail, paru pour la première fois en 2008.

Miss Charity est une petite fille. Mais une petite fille anglaise de la bonne société victorienne (elle est née en 1870), ce qui change absolument tout. D'abord, ce ne sont pas ses parents qui s'occupent d'elle, cela ne serait pas convenable : elle vit dans la nursery, au troisième étage, avec sa bonne qui lui raconte des histoires à faire peur, Tabitha. Elle croise ses parents lors des repas et des grandes occasions. Elle a eu deux petites sœurs, mais elles n'ont pas vécu, alors elle est toute seule et elle s'ennuie. Pour s'occuper, elle décide d'apprendre Shakespeare par cœur... Comme elle est dotée d'un appétit de vivre et d'une imagination féroces, elle va commencer à transformer sa chambre en ménagerie, peuplée de lapins, souris, oiseaux et bestioles de toutes sortes. Puis, avec l'aide de sa gouvernante française, Mademoiselle, elle va apprendre le dessin, et se plonger dans les études plus ou moins scientifiques et expérimentales avec beaucoup d'enthousiasme mais pas toujours autant de succès.

Les autres enfants, Miss Charity ne les connaît guère : elle croise bien parfois ses riches cousins et leurs amis, mais ils ne fréquentent pas tout à fait les mêmes sphères. Alors elle attend impatiemment l'été, où la petite famille emménage dans un cottage à la campagne, occasion pour elle de vagabonder, et dessiner, encore et encore, au grand amusement de ses cousins qui la croient un peu timbrée. Occasion aussi pour elle de se rapprocher peu à peu de son père, qui apprécie de battre la campagne avec sa fille.

Miss Charity grandit, mais pour une jeune fille de son époque, l'indépendance s'acquiert par le mariage ou par le travail. Elle veut l'indépendance, mais sa mère lui bloque l'accès au mariage, refusant de la présenter dans le monde. Tant pis, ce sera le travail! Miss Charity tentera d'abord de pousser les portes de l'édition scientifique grâce à ses aquarelles naturalistes, mais une femme scientifique, tssss, ce n'est pas concevable. Alors, refusant une fois encore de se laisser abattre ou enfermer, Miss Charity se tourne vers un autre domaine : exploitant ses petits compagnons animaux, elle va les mettre en scène dans de petites aventures dessinées qui vont peu à peu connaître un grand succès et lui offrir l'indépendance dont elle rêve depuis longtemps.

Miss Charity est très librement inspiré de la vie de Beatrix Potter, l'auteur de livres pour enfants animaliers. 

En apparence, Miss Charity présente l'histoire un peu triste d'une fillette solitaire et mal aimée. Erreur! C'est Miss Charity qui raconte son histoire, et elle est dotée d'un solide sens de l'humour britannique et d'une bonne dose de culot. Ce livre se dévore d'un bout à l'autre, et se termine avec une banane d'enfer : tout y passe, les conventions de la bonne société anglaise, les personnages de Jane Austen, Oscar Wilde et Bernard Shaw (qui font de savoureux personnages secondaires), bref, rien de déprimant, au contraire! En bonus : la demande en mariage la plus farfelue qui soit. Si, si. Bref, si vous n'avez pas peur des 560 et quelques pages, plongez dans l'univers de Miss Charity, vous en ressortirez avec un moral gonflé à bloc!

Miss Charity, Marie Aude MURAIL
L’École des Loisirs,
25,20 euros

jeudi 7 février 2013

Le Protectorat de l'Ombrelle


Londres, 1871.

Alexia Tarabotti part dans la vie avec bon nombre de handicaps :

1°) Son père est mort et Italien (elle ne sait pas ce qui est le plus gênant). En revanche, elle écope d'une mère (belle, blonde et stupide), de deux jeunes sœurs (belles, blondes et stupides) et d'un beau père (passif et dépassé par les évènements : quatre femmes à la maison, c'est trop).

2°) Elle est trop grande, trop brune et trop pulpeuse pour le goût anglais (voir point n°1). Pas grave, elle se venge en achetant des toilettes voyantes et sophistiquées.

3°) A 26 ans, elle est toujours vieille fille (voir points n°1 et 2). Tant pis, la bibliothèque de son père l'a informée de pas mal de choses concernant les relations hommes-femmes, du moins il lui semble.

4°) Elle n'a pas d'âme, contrairement aux humains normaux, qui en ont un peu (même si dans le cas de sa mère et de ses sœurs on se demande à quoi elle leur sert), et aux êtres surnaturels, vampires et loups-garous, qui en ont beaucoup trop, c'est bien connu.

5°) Elle est toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Mais là, franchement, ce n'est PAS de sa faute : pouvait-elle prévoir que la bibliothèque où elle se cachait pour fuir un bal ennuyeux (il n'y a même pas de sandwichs, c'est une honte!) abritait également un vampire bien décidé à la croquer? Certes, elle l'a estourbi à coups d'ombrelles, mais là, vraiment, ce n'est pas sa faute! Du moins, c'est ce dont il va falloir convaincre lord Maccon, écossais, loup-garou, chef de la meute de Londres et enquêteur principal du Bureau des Affaires Surnaturelles...


CARRIGER Gail, Le Protectorat de l'Ombrelle
4 tomes parus à ce jour chez Orbit,
16,75 euros.