dimanche 31 juillet 2016

Les incroyables (mais presque vraies) aventures du club des chasseurs Ch.2

Chapitre 2 : Un combat. La victoire du pic à fondue :

On approchait maintenant la minuit. Ce qui signifiait, au village de Barbebouq, une absence totale d'activité. Déjà, de jour, on ne peut pas dire que l'animation battait son plein, mais alors la nuit, je vous raconte pas.
Ombre parmi les ombres, aussi discrète qu'une brise de vent, une silhouette tassée sur elle-même, ce qui ne suffisait pas à cacher son imposante stature, progressait de maison en maison, redressant parfois la tête pour flairer l'air ambiant avant de se remettre en chemin. Son chemin, justement, la menait droit vers une demeure, immense silhouette qui, malgré les trombes d'eau qui l'assaillaient et la dissimulaient en partie, gardait son côté imposant et effrayant. Enfin, pour tout être encore capable d'être effrayé par quoi que ce soit.
La créature resta un moment à contempler la bâtisse, puis avisa la porte d'entrée encore grande ouverte. Une autre silhouette, moins massive, la rejoignit et jeta à son tour un regard à l'ouverture lumineuse. Les deux créatures, l'une à la suite de l'autre, se précipitèrent dans la bâtisse.

...

Quand deux vampires surgirent dans la maison du nommé Alcibalde, les réactions furent diverses :
Catelyn baissa la tête et entreprit de fouiller méthodiquement son sac à main.
Lili, après avoir jeté un regard à sa collègue, se précipita vers le monstre.
Alcibiade marcha d'un pas résolu vers la deuxième bestiole.
Robert épaula son fusil.
Alice partit dans la direction opposée, la cuisine.

La suite fut plus chaotique, en grande partie parce qu'à la suite d'un éclair, l'électricité avait sauté : Lili parvint rapidement sur le premier vampire, Alcibiade un peu plus tard sur le second, plus grand. Le vieil homme brandit quelque chose sous le nez de l'aberration qui la fit reculer.
Les coups de tonnerres se succédaient sans interruption, ainsi que les éclairs qui illuminaient à intervalles réguliers les faciès immondes des monstruosités. Un coup de tonnerre, un de plus, résonna : c'était le tir de Robert, dont la balle évita admirablement sa cible pour finir pile au milieu d'une vitre, qui éclata en de multiples morceaux.
A la faveur d'un rayon de lune, on put voir le combat acharné de la petite fille et du grand vampire, une mêlée indistincte, un amas de jambes et de bras qui se saisissaient les uns les autres. Difficile de dire qui gagnait. Catelyn cria quelque chose qui fut couvert par un nouveau coup de tonnerre. Apparemment, sa consœur comprit, avec un peu de retard. Elle eut tout juste le temps de se jeter en arrière et de fermer les yeux : la rousse jeta sur le monstre une poignée de poudre qui, suite à la mélopée de cette dernière s'enflamma brusquement en projetant alentour une lumière crue, qui s'éteignit aussitôt alors que le vampire poussait des cris stridents, les jambes en feu. De toute évidence, cela ne suffisait pas, alors Lili se jeta de nouveau dans le combat, le temps que Cate prépare un nouveau sort...

Le vampire qu'Alcibiade avait repoussé lui avait tourné autour un moment, crachant, sifflant et détournant la tête tandis que le vieillard dirigeait vers lui son crucifix. Puis le coup de fusil de Robert attirant son attention, le monstre galopa vers ce dernier, pour moitié sur les pieds, pour moitié à quatre pattes. Avant que le barbu ait le temps de recharger son fusil, le monstre l'avait projeté à terre d'un côté, et son arme de l'autre. L'homme tenta de retenir de ses deux mains la tête du vampire qui se précipitait en grognant tel une bête enragée sur sa gorge, mais la force de la bête était démesurée, et bientôt sa gueule grande ouverte ne fut plus qu'à quelques centimètres de la jugulaire du brun. Millimètre par millimètre, le monstre progressait, toujours plus près de la veine saillante de l'homme en sueur. Bientôt ce serait la fin. Encore un millimètre. Un autre...
C'est à ce moment que resurgit Alice. La jeune fille ne s'était pas précipitée dans la cuisine par lâcheté ou par peur : Elle était allée chercher des armes. Enfin des sortes d’armes. Elle avait fait avec les moyens du bord, et c'était donc une véritable armada de fourchettes, de couteaux et autres ustensiles de cuisine sales qui suivaient la jeune fille en lévitant, leurs tranchants luisant faiblement à chaque éclair qui tombait. Ses yeux dont seul le blanc était visible, sa bouche ferme, son air décidé, ses poings serrés, elle avait tout d’une déesse vengeresse et implacable. Lentement elle leva un index et le pointa sur le monstre qui maintenait Robert à terre. C’était l’annonce d’un funeste destin : l'armée de métal s'élança : chaque pointe, aiguisée ou non, se planta fermement dans l'épiderme pâle de la bête, et ce fut par un heureux hasard un pic à fondue, portant encore quelques traces de son récent combat contre une fondue de fromage, qui assena le coup fatal au vampire, se fichant dans sa nuque si profondément qu'il atteint le cerveau. L'être monstrueux eut juste le temps de pencher la tête en arrière, la bouche ouverte en un cri muet, avant de tomber en poussières sur le sol de la salle à manger, entraînant dans sa chute les armes qui l'avaient pourfendu.
Alice amorça l'ébauche d'un sourire à l'homme à qui elle avait sauvé la vie et à son oncle, puis fut tout à coup, comme eux, projetée au sol. Une luminosité d'une rare intensité lui fit tourner la tête vers l'autre combat, à deux pas de celui-ci : Elle dut aussitôt fermer les yeux, et même alors, une douleur sourde, souvenir de la trop puissante lumière, fit battre ses tempes. Elle resta marquée autant par le spectacle que la révélation qu'il apportait : la rousse, Catelyn McCluster, les yeux fixes et sereins, les mains le long du corps, face au monstre sur lequel tombait, du ciel et à travers le toit qu'il venait de démolir et de mettre en feu, un terrible éclair qui plaquait la créature à quatre pattes et la consumait à une vitesse démentielle.
Elle n'en avait aucun doute, c'était bien la femme rousse qui maîtrisait le terrible éclat, celui-là même qui les avait tous envoyés à terre, dans un gigantesque tremblement qui avait secoué la maison du toit jusqu'à ses fondations.
Elle rouvrit les yeux pour constater la disparition du deuxième vampire. De lui ne restait sur le sol qu'un amas de poussière ainsi qu'une trace noire sur le plancher, au centre d'un cercle enflammé laissé par la foudre.

dimanche 24 juillet 2016

Les incroyables (mais presque vraies) aventures du club des chasseurs Ch.1

Chapitre 1 : une bien belle une riante une région. Barbebouq. Les Capucines. :

La Beauce était peut-être le département le plus laid et le plus triste de France. Par quelque transfert mystérieux, des générations de seigneurs consanguins, de paysans amorphes et abrutis par le travail, d'exploitants cupides et sournois, de taciturnes tenanciers, de femmes au foyer dépressives et d'artistes maudits dénués de talents1 avaient laissé leur empreinte dans le paysage. Sur plusieurs centaines de générations, une sorte de conscience collective avait émergée, rependant aux alentours son influence incoercible. Bien plus qu'une ambiance, c'était un avertissement lancé par la Beauce au reste de la France. Difficile de traduire en langage clair l'essence de ce message. Disons qu'il faisait ressentir à tout être un sentiment qu'on pourrait nommer, à défaut d'un meilleur terme, de la désespérance molle. Le paysage lui-même traduisait l'ennui à l'état pur. Des champs, grandes étendues jaunâtres sans relief, s'étendaient à perte de vue. Quelques groupes d'arbres rachitiques, épines malsaines plantées dans le paysage, attendaient qu'un bûcheron compatissant vienne les achever et les seuls oiseaux qu'on pouvait y rencontrer ne chantaient jamais ou pire, chantaient faux.
Tranchant le paysage, une route passait. Une nationale large et rectiligne, sans doute à l'usage des gens qui voulaient traverser les lieux le plus vite possible.
Au milieu de la route, une petite fille blonde à couettes marchait.

...

En plein cœur de la Beauce, un peu à l'écart de la nationale, un événement nouveau se passait à Barbebouq, et la chose était tellement rare qu'elle mérite d'être notée.
Barbebouq, c'était ce qui se rapprochait le plus par ici d'un village : une vingtaine de maisons branlantes serrées les unes contre les autres, dont une boulangerie qui faisait aussi office d'épicerie, de poste, de mairie et surtout de PMU ; accolé à cette dernière, un musée était dédié à un seul et unique thème : le pain sous toutes ses formes ; et enfin, au centre du tout, une modeste église accompagnée, comme de juste, de son curé, son cimetière, son fossoyeur et ses fidèles.
Tout le monde ici connaissait tout le monde, pour deux raisons essentielles : tout d'abord, le nombre d'habitants était si réduit qu'il fallait avoir une mémoire terriblement défaillante pour ne pas reconnaître, au moins de vue, son prochain. Ensuite il fallait être réellement désespéré pour visiter ou pire, s'installer à Barbebouq. Cela faisait donc plus de dix ans qu'on avait pas vu s'arrêter un étranger.
On pouvait légitimement se demander l'intérêt de faire commencer l'histoire en ces lieux ou rien, jamais, ne se passait.
Sauf que ce jour-là, et c'était en soi un événement, une voiture surgit en trombe dans la rue principale, freina brusquement tout en effectuant un demi-tour complet dans un nuage de poussière, et s'immobilisa enfin en faisant crisser désagréablement ses pneus. La conductrice, une sorte de kamikaze du volant qui s'appelait Catelyn, observa le décor depuis l'habitacle de la voiture, coupa le contact, puis poussa un soupir et la porte de son véhicule.
Le calme habituel retomba sur le village.
Aucune des maisons ne semblaient abriter le moindre signe de vie humaine, et les champs qui cernaient le village paraissaient vides eux aussi. A part le bruit des bottes de l'intruse, aucun son ni semblant de vie ne semblait vouloir peupler l'endroit. Quelque part au loin, un grillon stridula pour faire bonne mesure.
La femme s'assit sur un plot en pierre qui semblait n'attendre qu'elle, fit jouer les articulations de son cou en esquissant une légère grimace, et sortit d'une poche de son jean un téléphone mobile, en ces lieux inutile, auquel elle jeta un regard résigné.
Étant donné la relative immobilité de la femme, l'instant paraît idéal pour opérer une description de celle-ci. De bas en haut voici ce qu'on voyait : Des bottes, d'abord. Pas des bottes à talons aiguilles et couleurs savamment choisies, non. Des bottes toutes simples en vieux cuir marron, pesantes, plus utiles dans les bonnes bagarres de bar avec coups de pieds dans les testicules que dans les défilés de mode. Ensuite un jean, un peu moulant mais pas trop, mettant en valeur juste ce qu'il fallait de formes pas désagréables à regarder. Plus haut encore, un t-shirt ajusté, blanc, quelque peu déformé par une petite poitrine, et dessus un imprimé en forme de taches de sang très désagréablement ressemblantes. Par-dessus ce t-shirt, la femme portait un manteau de cuir marron, un peu usé. Plus haut enfin, un visage aux traits doux, des lèvres fines, un petit nez menu et retroussé et des yeux verts perçants - rehaussés par un trait noir de khôl - couronnés par une chevelure bouclée d'un roux flamboyant, coupée court et au carré. Le tout constituait un mélange détonnant de brutalité et de féminité, ce qui n'ôtait rien, bien au contraire, au charme de Catelyn, ses nombreux amants pouvaient d'ailleurs en témoigner2. La jeune femme leva la tête vers le ciel rempli de nuages, puis fouilla dans le grand sac à main qu'elle portait en bandoulière, apparemment en vain.
Et merde : il allait bientôt pleuvoir et elle n'avait pas de parapluie.
...

On ne pouvait pas tomber sur Barbebouq par hasard. Il fallait réellement vouloir y aller pour trouver le village. Et même alors, on pouvait encore ne pas trouver Barbebouq.
C'était ce que se disait la petite fille, alors qu'elle marchait à travers champs et que la nuit allait bientôt faire son apparition. La lueur pâle du soleil couchant donnait à la nature des teintes oranges qui devaient sans doute être magnifiques, mais la petite fille n'y prêtait aucune attention, trop occupée qu'elle était à tenter de retrouver son chemin : ce stupide village ne devait pas être loin, mais toute sa bonne volonté n'y faisait rien. Elle en était à espérer rencontrer une bonne âme, ce qui, quand on la connaissait, prouvait qu'elle avait épuisé toutes les autres alternatives.
Elle était mignonne, la blondinette, avec son pantalon noir et sa veste de même, par dessus une chemise blanche au col en dentelle. Sa chevelure soyeuse était ramenée en deux couettes, et ses grands yeux bleus lui donnaient un regard d'ange. Véritablement, la petite Lili, car c'est ainsi qu'on l'appelait, était mignonne, et paraissait bien inoffensive.
L'autre, par contre, le paraissait moins.
Une salopette bleue, des cheveux en bataille, le regard aviné et une énorme bedaine faisaient partie des principales particularités de l'homme qui venait de surgir devant la petite fille. Mais aucun de ces traits ne constituaient la première chose qu'elle vit de l'homme. La première chose que son regard croisa, ce fut la fourche qu'il pointait sur elle.
- Qu'esse tu fout là! Dis moi qu'esse tu fout là ou j't'embroche!
Le langage recherché de l'homme était au diapason de l'haleine fétide qu'il exhalait. Son regard fit (mais difficilement) le point sur celle qui lui faisait face, et un sourire édenté fendit alors son visage, qui était pourtant déjà bien assez terrifiant comme ça.
- Mais, t'es qu'une tite gosse ! – conclut-il finement. Il jeta un regard à la ronde, et poursuivit avec un ton cruel dans la voix – une tite fille toute seule à c'que j'voit... Viens voir tonton Tim, petiote. Tu va voir, on va bien s'amuser. Allez, viens...
Un peu de bave coulait le long de son menton alors qu'il zieutait la petite d'un air d'aliéné. Ce qui ne parut par effrayer celle-ci plus que ça, puisqu'elle s'approcha doucement de l'homme, qui ponctuait chacun de ses pas d'un « bien, bien » du plus mauvais augure.
Puis la fillette s'élança.
Il suffit d'un battement de cils : elle fut juste à côté de lui, la fourche qu'il tenait fermement une seconde plus tôt dans ses petites mains enfantines. Encore hébété3, l'homme reçut un coup de pied dans le thorax qui l'envoya au sol, plusieurs mètres plus loin. Un autre battement de cils : la blonde était maintenant debout sur son torse, et dardait sur lui 1/ sa fourche, et 2/ un regard homicide.

...

Quand Catelyn était entré dans la boulangerie-épicerie-poste-mairie-PMU, un seul coup d’œil avait suffit pour qu'elle sache à quoi s'attendre4. Une série de néons défaillants plongeaient dans l'ombre plus qu'ils n'éclairaient des lieux en état de délabrement avancé. Le patron, grand ,gros, et gras, lui jeta un regard peu amène et poussa un grognement. Catelyn désigna du doigt une bouteille derrière le bonhomme, couverte d'une crasse dont il ne valait mieux pas connaître l'origine. Elle plongea sont regard dans la substance vaguement ambrée que lui versa le tenancier avant d'en boire la totalité, cul-sec.
Bon, qu'est-ce qu'elle foutait, l'autre? La principale qualité de Catelyn n'étant certes pas la patience, il lui fallait trouver une occupation en attendant.
« Toi, t'es une étrangère! »
Quelqu'un venait de lui poser une main poisseuse sur l'épaule. La jeune femme se retourna lentement, un grondement sourd au fond de la gorge. Le spectacle n'était pas très beau à voir : un visage mou et triste, ravagé par le temps et l'alcool, un corps long, maigre, courbé et deux bras comme des enclumes composaient l'homme.
« J'aime pas les étrangères, moi – cracha-t-il. Il fit une pause qui se voulait sans doute dramatique, puis repris – Et mes potes non plus, ils aiment pas les étrangères. »
Des grognements d'acquiescement se firent entendre dans toute la salle, tandis que des chaises raclaient le sol.
-Vous, vous tombez bien! – gronda-t-elle. »
D'un regard, La femme fit le tour de ses adversaires – ils était douze – puis se tourna vers le barman.
Visiblement habitué de la chose, il avait sorti une batte de sous le comptoir. Catelyn la lui retira des mains d'un mouvement rapide. Il lui jeta le regard apeuré d'un hérisson face aux phares d'une voiture, puis plongea derrière son comptoir.
Elle soupesa son arme un instant, puis sourit à l'assemblée.
« Alors, qui commence? »

...

Le service de bus reliant le lycée des Capucines au reste de la région n'était pas des plus performants (pour la bonne raison qu'il n'y avait pas de service de bus desservant le lycée des Capucines), aussi Alice (yeux bleus, cheveux noirs corbeau, 16 ans, plutôt grande pour son âge et toutes ses dents) avait pris l'habitude de rentrer chez son oncle par ses propres moyens, c'est à dire avec les pieds de ses jambes. On ne peut pas dire que le défilé du paysage déjà décrit plus haut inspirait la poésie, tout juste incitait-il à la méditation intérieure (ou plus sûrement à des pensées morbides). Et en effet, Alice méditait. Elle méditait sur la vie, la mort, le destin et toutes ces choses, et surtout sur l'étrange malédiction qui l'avait fait naître à l'endroit le plus déprimant et dénué d'intérêt de France. Elle réfléchissait aussi au moyen le plus sûr et surtout le plus rapide de décamper.
Toute à ses pensées, Alice ne remarqua la camionnette l'ayant dépassée qu'au moment où elle s'arrêta, à quelques mètres d'elle, les phares allumés pointés vers le vide. Personne n'en sortit. Seul bruit aux alentours, le moteur de la voiture à l'arrêt continuait de tourner. Une crainte sourde, un sentiment de malaise fit s'arrêter Alice. Pourquoi la camionnette s'était-elle arrêtée là, juste devant elle? Et surtout, pourquoi son occupant n'en sortait pas? Elle tenta vainement de se rassurer : peut-être consultait-il une carte, peut-être se payait-il une pause? Peut-être, oui...
La pluie commença à tomber, doucement. Deux trois gouttes d'abord. Une ou deux minutes plus tard, elle s'intensifia un peu.
Et puis, si ça se trouvait, il n'y avait à l'intérieur de la camionnette qu'un vieil impotent, incapable de sortir de son véhicule sans l'aide d'une canne. Un vieux, oui. Petit. Gentil. Inoffensif.
Une silhouette s'extirpa enfin de la voiture, lentement. Il commençait à faire sombre, et Alice ne voyait devant elle qu'une ombre, très grande, très massive aussi, et le soleil couchant juste derrière. Si c'était là le petit vieux qu'elle s'imaginait, il devait être nourri aux anabolisants.
La silhouette se déplia interminablement, contre toute logique apparente, plus haute qu'il ne paraissait possible. Alice ne distinguait pas grand-chose de l'être qui lui faisait face mais, par quelque sens caché, quelque instinct de survie, elle fut saisie d'une peur soudaine autant qu'irrépressible. Un sentiment qui lui faisait se rappeler que, tient, elle avait oublié, mais elle avait un rendez-vous urgent loin, très loin. Le peu qu'elle voyait de la créature avait quelque chose de répugnant : deux yeux sans pupilles, comme morts, était plantés sur un visage d'une pâleur cadavér... D'une pâleur inquiétante.
Alice fit un pas en arrière, lentement. Un autre. Elle prit conscience d'un bruit de moteur pétaradant, celui d'un véhicule qui se rapprochait. Une autre bonne surprise? Elle se retourna.
Derrière elle, un homme brun, à la barbe et aux cheveux mal entretenus, de quarante ans, peut-être plus, campé sur une mobylette hors d'âge, dérapa sur la route humide pour s'arrêter à moins d'un mètre d'elle. La pluie ne semblait pas le déranger plus que ça, malgré la mèche mouillée qui lui tombait sur le front. Il braqua vers le monstre un vieux fusil, juste à côté de l'oreille d'Alice. Son doigt se crispa sur la détente.
Le bruit de la détonation assourdit Alice quelques instants. Elle vit le corps de la chose tressauter et tomber à terre, le ventre déchiqueté par la balle.
On lui tapota l'épaule. C'était le barbu, descendu de son engin pour lui proférer une suite de sons sans aucun sens. Elle agita la tête en signe d'incompréhension, avec un petit sourire niais et désolé. L'homme poussa un soupir, puis finit par la tirer par le bras.
Encore abasourdie, elle se laissa mener jusqu'à la vieille mobylette, au phare encore allumé.
Lorsqu'elle s'installa derrière l'inconnu, le son revint brusquement : le vrombissement du moteur pétaradant, le bruit de la pluie qui tombait maintenant en grosses gouttes, le souffle de sa respiration saccadée.
La mobylette roulait depuis quelques minutes déjà quand Alice prit conscience de ce qui s'était passé. Elle se pencha en avant et dit, d'une voix blanche :
- Vous l'avez tué.
La voix de l'inconnu lui parvint de devant :
- Mieux vaut lui que moi, ou toi. Et il n'est pas mort de toute façon, j'ai mal visé. Je n'ai touché aucun organe vital.
- Vous lui avez détruit l'estomac, les intestins et la moitié de la colonne vertébrale.
- C'est ça : aucun organe vital.
Quelques secondes passèrent dans le silence le plus total. La pluie tombait en rangs serrés maintenant. Alice était trempée, sans y prêter plus attention que ça.
- Qu'est-ce que vous appelez un organe vital?
- Pour cette chose? Le cœur, et encore ça dépend ; la tête, plus sûrement.
Alice frissonna, certainement pas à cause de la pluie.
- C'était quoi?
- Un monstre. Une horreur. Une aberration de la nature.
Un éclair zébra la nuit, suivi quelques secondes après d'un grondement sourd : ça posait son ambiance. L'homme rajouta :
- Un vampire, si tu préfères.
- Ah. Heureusement qu'on l'a semé, alors.
- C'est ça, heureusement. Au fait, si tu regardes bien tu distingueras la lueur de deux phares, juste derrière nous. A ton avis, qu'est-ce que c'est?
En effet, Alice pouvait remarquer au gré des virages et à travers le rideau de pluie deux lumières parallèles qui suivaient leur parcours.
- Il nous poursuit! - s'écria-t-elle à l'oreille du chauffeur.
- Applaudissons notre gagnante!

...

Quand une petite fille aux couettes blondes et au regard bleu azur entra au Colosse qui Pisse, personne ne réagit. A un bout de la salle, rassemblés autour d'une table pour quatre, une dizaine d'hommes maintenait les yeux baissés sur leur boisson (il ne s'agit pas ici d'une faute d'accord : il n'y avait à cette table qu'une seule et unique boisson) dans un silence tendu. La petite fille posa un regard étonné sur leurs visages tuméfiés. Au comptoir, le barman essuyait avec empressement un verre, en jetant de temps à autre un regard inquiet vers une table à laquelle était confortablement installée une rousse au regard vert, qui souriait innocemment en regardant de temps à autre en direction du groupe d'hommes.
Le visage de la petite fille s'éclaira et elle s'approcha de la rousse.
- Bah alors, t'étais où? -demanda Catelyn, l'air vaguement renfrogné.
- Perdue – s'excusa Lili. Un sourire rêveur aux lèvres, elle ajouta – et j'ai eu un léger contretemps. Toi aussi à ce que je vois.
- Tu ne vas pas me croire, mais pour une fois je n'y suis pour rien.
- C'est ce que tu dis à chaque fois...
Catelyn se leva et rejoignit sa consœur à l'entrée du bar, non sans avoir jeté un long regard à la salle et ses occupants.
- On y va – dit-elle finalement.

Ça avait dû être volontaire. Forcément. On n'avait pas pu bâtir une maison aussi effrayante par hasard. L'architecte avait dû regarder attentivement deux ou trois vieux films d'horreur gothiques expressionnistes et mixer tout ça pour obtenir ce résultat :
Une maison toute en hauteur, aux formes tarabiscotées, un assemblage de roches sombres et de fenêtres crasseuses dont les ouvriers, en la construisant, avaient sans doute fait avec les moyens du bord, c'est à dire sans angles droits. Le toit était constitué de tuiles d'ardoise bleu sombre dont plusieurs étaient tombées. Une mousse d'un vert maladif ainsi qu'un lierre grimpant donnaient une touche de nature à la bâtisse. Vu la tête du lierre et de la mousse, ce devait être une nature brutale, meurtrière et hostile au genre humain. Enfin, une cheminée montée de travers expulsait une fumée noire du plus mauvais augure.
- Et ben, c'est gai - fit Lili, qui contemplait la façade aux côtés de Catelyn.
Catelyn sonna, déclenchant un carillon qui s'arrêta brusquement dans un couac angoissant.
- Festif, je dirais – ajouta la rousse.
La porte s'ouvrit sur un vieillard parcheminé, courbé en avant, revêtu d'un manteau grisâtre, et qui sentait le vieux chien mouillé.
- Catelyn, je présume ?
Celle-ci hocha la tête, puis soupira :
- Vous savez, vous êtes tout à fait raccord avec l'ambiance de votre maison.
- Je sais – fit-il en souriant – Entrez, je vous en prie.
A la plus grande surprise de Catelyn et de Lili, l'intérieur de la maison n'incitait guère à hurler d'horreur, à moins d’être allergique aux poils de chien qui colonisaient en vainqueurs toute surface existante. Le vieil homme les invita à s'asseoir devant le feu de cheminée. Quelques minutes passèrent, où chacun laissa son regard se perdre dans les méandres du feu, puis Lili déclara, avec un art consommé pour mettre les pieds dans le plat :
- Alors comme ça, il y a du vampire dans le coin ?

Installée devant la cheminée, Catelyn plongeait ses yeux avec suspicion dans une boisson que le vieil homme venait de lui servir. Elle essayait de tenir le verre aussi éloigné d'elle que possible en espérant qu'il n'allait pas lui demander de tremper ses lèvres une nouvelle fois dans la mixture, sous prétexte de trinquer à nouveau. Elle se demandait avec une curiosité macabre quels types d'ingrédients répugnants avaient pu entrer dans la composition de ce qu'il fallait bien appeler la boisson, à défaut d'un autre terme. Elle essayait aussi d'évaluer le nombre de personnes qui pourraient mourir avec une seule goutte de la concoction versée dans une réserve d'eau, et s'il y avait des chances pour que la « boisson » explose en cas de mouvements brusques.
- Fabrication artisanale - expliqua le vieil homme.
- Ca, je n'en doute pas – murmura Catelyn, les yeux toujours fixés sur son verre, au cas où la mixture se mettrait tout à coup à prendre vie.
Leur hôte s'approcha de la fenêtre, un verre de son poison à la main, en prit une gorgée, puis se retourna vers ses invitées :
- Concernant notre affaire, j'ai la certitude, au vu du nombre de petits animaux, de chiens, puis dernièrement de chevaux trouvés exsangues, qu'au moins un vampire est arrivé dans les environs au cours de la semaine dernière. Votre contrat est simple : je veux que vous nous protégiez, moi et ma nièce, de la menace, le temps que nous quittions les lieux.
- Et les autres habitants ?
- A quoi bon vouloir sauver le village? Barbebouq est durablement infesté par l'engeance vampirique : quoi que l'on fasse, on ne l'en débarrassera pas. Plus maintenant. Et vous avez vu comme moi les spécimens d'idiots congénitaux dont nous parlons. Il faut être honnête, il n'y avait déjà pas grand-chose à sauver avant dans la populace de ce village, alors maintenant...
- A la bonne heure – répondit Lili, tout sourire – voilà une mission concise et précise, et une saine philosophie ! Alors, il est où ce contrat, qu'on le signe enfin?
Le vieil homme, tout en sirotant son verre, poursuivit :
- Avant tout, je voudrais que vous me promettiez si la chose est possible, de ne pas parler de ces démons à ma nièce. Elle est jeune, encore naïve, et je voudrais lui laisser, ne serait-ce qu'un instant, un peu de son innocence.
La porte s'ouvrit tout à coup en grand, alla cogner contre le chambranle, et deux silhouettes détrempées sortirent de l'obscurité : une jeune fille aux cheveux noirs et un homme à la barbe et aux cheveux mal entretenus5.
Alice se précipita vers le vieil homme :
- Mon oncle, on est poursuivis par un vampire!
Ce dernier se tourna vers ses hôtes, l'air un peu las :
- Bon, oubliez ce que je viens de dire.... Mesdames, voici ma nièce, Alice. Alice, je te présente Lili Belladone et Catelyn Mc Cluster, spécialistes en tératologie.

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1Ceux qui en étaient pourvus étant partis depuis longtemps déjà.
2Mais avaient tout intérêt à se taire s'ils voulaient garder la tête sur leurs épaules.
3Mais cela semblait être un état naturel et permanent chez lui.
4Le nom de l'estaminet, « Le colosse qui pisse », lui avait déjà mis la pisse, pardon, la puce à l'oreille.
5Aux lecteurs qui se demanderaient qui sont ces deux personnes, je recommanderai de remonter d'une page ou deux dans le présent récit ainsi que de s'entraîner un peu la mémoire.

mercredi 20 juillet 2016

Feuillets de cuivre, Fabien Clavel

Il est sorti fin 2015, mais il n'y a pas d'heure pour parler des bonnes choses, et Feuillets de cuivre en fait partie :

Ça se passe à Paris, nous sommes en 1872, et nous allons suivre Ragon, flic obèse et rêveur, dans ses enquêtes au sein de la ville lumière.
Ses armes? Son flair, sa perspicacité et... Son amour des livres. Et oui, chaque enquête, d'une manière ou d'une autre, trouvera sa résolutions par la littérature. Les férus de littérature apprécierons les références sans que les autres soient perdus pour autant.

Feuillets de cuivre, c'est du steampunk et de la magie  préparez-vous à croiser savants fous, magie de l’éther et psychopathes. Mais l'intérêt est aussi ailleurs, car Fabien Clavel s'attache à faire évoluer son personnage principal au fil des nouvelles, de simple flic à commissaire...
Et puis il y a ce personnage, qui participe au sel de l'histoire et qui... Ah mais non, ça je ne peux pas vous le dire sans vous gâcher la fin du livre!

Policier ingénieux à l'ambiance steampunk, inspiré autant des feuilletons littéraires du XIXème siècle que des séries télé modernes Feuillets de cuivre est un très, très bon roman !

Feuillets de cuivre, Fabien CLAVEL, éditions ActuSF, 20E

Le pacte du Hob



Voilà un roman que j'ai découvert totalement par hasard, et qui de plus est à part dans l’œuvre de Patricia Briggs. Bref, un météorite ^_^! A mon grand dam, c'est un one shot, pas de suite, hélas!

L'héroïne se nomme Aren. Elle a 26 ans, et s'est mariée la veille alors qu'elle pensait qu'à son âge, cela ne lui arriverait plus. Elle nage donc en plein bonheur. Mais en quelques heures, ce bonheur bascule. Des bandits en maraude massacrent sa famille, la montagne qui surplombe son village se met à gronder et la magie de la terre, entravée depuis des siècles par les mages de sang, se libère brutalement. C'est le chaos absolu, des pans de montagnes s'effondrent, des rivières noient les vallées, il semble à première vue que seul le village d'Aren ait résisté au réveil de la magie ancienne. Personne ne sait ce qu'il est advenu au reste du pays.

Personne, sauf Aren. Dans une volonté désespérée d'en finir une fois pour toutes, écrasée par son malheur, Aren avoue un fait capital au village : elle a des Visions d'évènements qui ont lieu ailleurs ou dans le futur, et en temps normal, cela lui vaudrait d'être mise à mort, car seuls les mages de sang sont autorisés à avoir recours à la magie. Mais voilà, les temps normaux n'existent plus, le roi est mort de la main de son propre mage de sang, le royaume entier a été ravagé par le réveil de la magie, et les villageois sont seuls face aux maraudeurs qui rôdent, et aux anciennes forces magiques que le réveil de la terre a sorti de leur très long sommeil. A moins que certaines de ces créatures magiques ne se rangent de leur côté? C'est ce pacte qu'Aren va tenter de passer avec l'une de ces puissantes et anciennes créatures pour sauver ceux qui peuvent l'être encore.

Patricia BRIGGS, Le pacte du Hob
éditions l'Atalante, 15E
(édité en poche chez Milady, mais je déteste la couverture ^_^)

Les incroyables (mais presque vraies) aventures du club des chasseurs

Prologue :

Il faisait nuit. Y'avait aucun doute la dessus. Plus « nuit » que cette nuit là, ça pouvait pas exister. Déjà, il y avait cette obscurité impénétrable. Rien que ça, c'était un coup à vous foutre les boules, une belle pétoche. Mais il y avait quelque chose de plus, dans cette nuit là. Enfin, de moins. Pas un bruit, pas même un seul insecte nocturne qui faisait... Qui faisait ce que les insectes nocturnes ont l'habitude de faire. Et pas une seule foutue voiture à passer par là.
Ils étaient trois: Bibi Jean (Bibi, ou BB pour Big Boss), Petit Charlie (2m10, 110 kilos, un tiers graisse, deux tiers muscles, tout dans la finesse), et Genius Gérard (le plus intelligent du trio, il s'enorgueillissait d'un QI de 68). Les fameux trois frères Cragnon, connus comme la plus terrible légende urbaine à circuler parmi les automobilistes de la région.
Ils avaient roulés dans leur vieille camionnette de dépannage agonisante jusqu'à la nationale, fidèles à leur habitude, afin d'emprunter pour une durée indéterminée ce dont les conducteurs de passage n'avaient plus vraiment besoin : à savoir leur voiture, leur argent, leurs vêtements, leur vie et éventuellement, si la fille était jeune et jolie, leur vertu.
Mais ce soir là, rien d'intéressant à se mettre sous la dent. La moisson était pitoyable. Oh, il y avait bien eu cette petite vieille avec sa non moins petite et vieille deudeuche. La carcasse métallique ambulante était dans un état de délabrement avancé. La petite vieille aussi : pas question de lui prendre sa vertu, à celle là. Ils avaient trouvé sur elle un portefeuille misérable, avec trois pauvres billets de dix euros. La rombière gisait maintenant dans son sang et le coffre de la camionnette, et les trois amis attendant le prochain client songeaient déjà à rentrer au foyer, quand Genius surprit plus loin sur la route deux lueurs. Les trois frères se jetèrent des regards avides et malsains puis allumèrent les phares de leur camionnette. La soirée n'était, finalement, peut-être pas perdue.

Le conducteur de la voiture était pressé, c'est pourquoi il avait pris ce virage annoncé dangereux à plus de 100 km/h. Pas de souci pour lui, il savait ne pas risquer grand chose à part, en cas d'accident, un changement de voiture et un léger retard sur ses plans, retard qui risquerait de l'agacer quelque peu.
En plein milieu du virage, deux phares illuminèrent le pare-brise d'un éclat blanc aveuglant. Le conducteur, dans un réflexe idiot, certes, mais humain, mit ses bras devant les yeux pour les protéger de l'éclat blessant. Ce faisant, il avait lâché le volant. Sentant la voiture dévier, le conducteur reprit précipitamment le volant en main et en donna un coup brusque. La voiture se cabra, fit un tonneau dans un fracas assourdissant, puis deux, puis trois, et pour finir glissa sur le toit sur dix mètres, en un long crissement de métal torturé.
Un silence oppressant suivit. Tout était redevenu immobile, à part une roue du véhicule qui tournait encore inutilement1.

Juste en face, les phares à l'éclat funeste jetaient leurs lueurs sur la scène macabre. Trois silhouettes émergèrent lentement de la lumière pour s'approcher du véhicule. La plus grande silhouette émit un petit gloussement. Elle ne savait de toute évidence par faire autre chose de ses cordes vocales. C'était Petit Charlie. Génius Gérard prit la parole, d'une voix désagréablement grinçante.
« T'es vivant, là dedans? » hurla-t-il d'un ton qui laissait entendre qu'il ne valait mieux pas.
Toujours cette absence totale de bruit, une absence angoissante. Que rompit quelques secondes plus tard Bibi Jean :
« Si t'es vivant mon gars, sors de la voiture lentement, et personne souffrira plus qu'il faut, c'est promis! »
Petit Charlie gloussa une nouvelle fois.
Le ronronnement de la camionnette qui servait jusque-là de fond sonore à la scène s'arrêta brutalement, et la lumière des phares laissa place à l'obscurité. Totale. Impénétrable.
La lune s'était cachée derrière les nuages, sans doute pour échapper à la scène qui allait suivre. Il n'y avait pas âme qui vive à plusieurs kilomètres à la ronde, à part celles des trois frères.
Ou presque.
Une voix grondante, pleine d'un appétit mal contenu, murmura, juste derrière l'oreille de Bibi Jean :
« Personne ne souffrira plus qu'il ne faut ? Quelle étrange idée... »
Un ricanement lugubre troua la chape de silence qui s'était abattue sur la scène, un ricanement horrifiant qui dura quelques très longues secondes avant de s'éteindre brusquement. Brisant le silence surnaturel qui régnait, trois cris terribles déchirèrent la nuit.
Il n'y avait personne pour les entendre...

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1La chose se produit à chaque accident. C'est, plus qu'une convention, une sorte de règle établie une fois pour toute : pour toute voiture qui finit sur le dos, il faut sans exception une roue, et une seule, qui continue de tourner.